Le vrai coût de la fête
POURQUOI ON Y VA ENCORE, MÊME QUAND ÇA PIQUE LE PORTEFEUILLE ?
Est-ce un nouveau luxe culturel ?
NUMÉRO SPÉCIAL
Festivals de musique actuels
Chaque été, la même scène se répète. Capture d'écran du panier : 289 €. Soupir collectif. Message envoyé dans le groupe WhatsApp : « C'est abusé, plus jamais ». Puis, deux semaines plus tard, une affiche colorée, trois noms en gras, un souvenir flou d'un concert au coucher du soleil… et la promesse est rompue.
Pourquoi continue-t-on d'aller en festival alors que les prix augmentent, que les files d'attente s'allongent et que la bière dépasse parfois le prix d'un sandwich en boulangerie ? Parce qu'un festival n'est plus seulement un concert. C'est une expérience totale, sociale, émotionnelle, parfois même identitaire.
BACKSTAGE est né de cette contradiction : on a conscience que ça coûte cher, mais on y va quand même. Ce magazine ne cherche ni à accuser les festivals, ni à culpabiliser les publics. Il cherche à comprendre.
Aller au festival, ce n'est plus seulement écouter de la musique. C'est vivre une parenthèse, sortir du quotidien, se retrouver dans une foule qui partage les mêmes codes. Cette intensité a un prix.
Les chercheurs parlent de « festivalisation » de la culture. Derrière ce mot un peu barbare se cache une idée simple : la culture se consomme de plus en plus sous forme d'événements exceptionnels, concentrés dans le temps, au détriment des pratiques régulières et locales.
Selon le Baromètre des usages de la musique en France (Ipsos pour le CNM, 2023), près d'un Français sur deux a déjà payé pour assister à un événement musical live. Le live devient un marqueur social et culturel fort.
Le prix moyen d'un billet jour atteignait 59 € en 2022 selon Weezevent. Mais ce chiffre est trompeur. Il donne l'illusion d'un budget maîtrisable alors qu'il ne représente souvent que 30 à 40 % de la dépense réelle.
Une étude tricount by bunq (2025) montre que 7 % des festivaliers dépassent les 800 € pour un seul événement. Transport, hébergement, restauration, boissons, camping, accessoires oubliés… tout s'additionne.
Le problème n'est pas seulement le montant. C'est le sentiment de perte de contrôle. Payer 8 € une bière passe encore… si les toilettes sont propres et l'attente raisonnable. Quand ce n'est pas le cas, le prix devient symboliquement injustifiable.
Contrairement à une idée reçue, les festivaliers ne réclament pas systématiquement des expériences « premium ». Ils réclament avant tout que les bases soient assurées.
Les études montrent une augmentation forte de la consommation de restauration sur site, parfois plus rapide que celle des boissons (Weezevent, 2022). Cette évolution traduit une attente de confort, mais aussi de qualité.
La fidélisation ne se joue pas dans les newsletters post-événement. Elle se joue dans les détails vécus sur place : propreté, fluidité, accueil, signalétique.
Malgré les discours écologiques, la voiture individuelle reste le mode de transport dominant pour se rendre en festival (France Festivals, Sociotropie). Ce choix est rarement idéologique. Il est pratique, sécurisant, parfois le seul possible.
Les alternatives existent, mais elles sont souvent perçues comme peu fiables : derniers trains trop tôt, bus bondés, pistes cyclables mal éclairées. La nuit transforme la mobilité en source de stress.
LES FESTIVALIERS VEULENT TOUT :
L'AMBIANCE ET LE PRIX MINI
"J'y suis allée pour les artistes et mes amis. J'ai payé 70€ la place mais au final avec la nourriture et tout, j'ai dépensé 100€. On a pris le train parce que c'était moins cher, mais franchement l'écologie je n'y ai pas pensé."
"On était un groupe de 6, on a loué une voiture. Plus rapide, plus sûr pour rentrer à 3h du mat'. Le problème ? Le parking à 20 minutes à pied. On a marché avec mal aux jambes à 2h, puis roulé 3h. Rentrés à 4h du matin... C'était l'enfer."
Ils recherchent l'expérience ultime (90% viennent en groupe d'amis, privilégient l'ambiance collective), mais refusent le prix fort. Ils parlent d'écologie entre deux bières bio, puis rentrent en voiture thermique.
Le festivalier 2025 cherche
l'équilibre impossible :
l'émotion sans la ruine,
la fête sans la contrainte,
le collectif sans le sacrifice